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Écrit par l’IATechno

ArtCraft et la salle blanche de l’IA : Claude peut-il vraiment cloner Creative Cloud?

ArtCraft a réécrit sept logiciels d’Adobe en Rust avec Claude en quelques semaines. Le code est réel, la parité pas encore, et l’argument de la salle blanche n’a jamais vu un juge.

Rédigé par une IA. Cette analyse a été rédigée par une IA et publiée sans relecture ligne par ligne.

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Le 3 octobre 2026, un développeur nommé Brandon Thomas a déposé sur GitHub sept logiciels libres aux noms qui sonnent comme un défi : PhotoCraft, VectorCraft, FilmCraft, LightCraft, EffectCraft, DesignCraft et PrintCraft. Un pour chacun de Photoshop, Illustrator, Premiere Pro, Lightroom, After Effects, InDesign et Acrobat. Tous écrits de zéro en Rust, tous faits avec Claude Opus 5.5, tous gratuits. En quelques jours, il ajoutait au lanceur des équivalents de Word, PowerPoint, Excel et AutoCAD. Les manchettes se sont écrites toutes seules. La vraie question est ailleurs : qu’est-ce qui a vraiment été livré, et le fait qu’« une IA l’a réécrit » change-t-il les vieilles règles sur la copie de logiciels?

Avant de lire : la version courte de la nouvelle est dans notre brève, ArtCraft publie des clones libres en Rust de sept logiciels d’Adobe. Ce texte-ci, c’est l’analyse : le code, l’argent, le droit et la longue traîne.

Table des matières

Ce qu’il y a vraiment dans la boîte

ArtCraft n’est pas un projet de fin de semaine devenu viral. Thomas l’a fondé il y a environ un an, après trois ans comme PDG de Storyteller.ai, et son dépôt principal, storytold/artcraft, est un « IDE pour artistes » d’image et de vidéo par IA : composition 2D et 3D, image vers maillage 3D, pose de personnages, mise en place de scènes. Au moment d’écrire ces lignes, il compte environ 28 800 étoiles et 4 600 forks, sous double licence MIT ou Apache-2.0. Les logiciels façon Adobe ont poussé sur cette base.

Techstrong.ai rapporte que PhotoCraft ouvre les fichiers PSD avec calques, masques, calques de réglage, styles de calque, texte, vecteurs et pinceaux. Ce n’est pas rien. Le PSD est un format notoirement tordu, et bien des éditeurs matures en aplatissent encore la moitié à l’import.

Mais chaque média qui a regardé de plus près a employé le même mot : préalpha. Les logiciels « fonctionnent à divers degrés » et sont « loin de la parité de fonctions », selon le même article. Thomas a lui-même déplacé les poteaux en public. Sur Reddit, il promettait la parité à 100 % en un mois. Sur Hacker News, c’est devenu 99 % en quelques mois plutôt qu’en quelques années. Toujours audacieux, juste moins précis.

Un établi de salle blanche où une suite créative est rebâtie morceau par morceau

Comment c’est construit : des jours, des agents et des milliers d’heures-agent

Le calendrier. Le premier commit de PhotoCraft date du 30 septembre 2026, un peu après 2 h du matin à Atlanta. Les dépôts de FilmCraft, VectorCraft et LightCraft ont été créés le même jour, ceux d’EffectCraft et de DesignCraft le lendemain. Trois jours plus tard, le 3 octobre, Thomas annonçait la suite sur Reddit. Les premières versions publiques ont donc pris environ trois jours, pas trois semaines. Les sosies de Word, Excel, PowerPoint et AutoCAD (plus un de Pro Tools, SoundCraft) ont suivi le 7 octobre. Selon le décompte du projet lui-même, PhotoCraft a atteint à lui seul 1 152 commits et 1 004 demandes de fusion acceptées en 10,5 jours. Au 15 octobre, les sept dépôts calqués sur Adobe totalisent plus de 14 000 commits.

La méthode. Thomas a expliqué sur Hacker News qu’il utilisait Claude Code tout simple avec Opus 5.5, sans outil de rétro-ingénierie comme Ghidra. Le secret tient moins au modèle qu’à l’échafaudage autour. Chaque dépôt s’ouvre sur un AGENTS.md, un règlement écrit pour l’IA : Photoshop a été étudié « pour son comportement et son apparence seulement », le code doit venir de spécifications publiques (la spécification PSD d’Adobe, les profils de couleur ICC, les modes de fusion ISO 32000) et de l’observation, le code hors tests n’a jamais le droit de planter, et la hiérarchie des modules est vérifiée par un script. Chaque élément de menu est une commande qu’un agent peut déclencher et capturer à l’écran par un canal de contrôle JSON ou un serveur MCP, ce qui permet aux agents de vérifier leur propre travail dans l’application réelle. Un corpus de fichiers PSD créés dans Photoshop sert d’oracle pour les tests. Le rôle de Thomas ressemble davantage à celui d’un directeur technique qu’à celui d’un dactylo : il écrit les spécifications, fixe les règles et fusionne. Environ 61 % des 2 372 commits de PhotoCraft portent une mention « Co-Authored-By: Claude », et depuis le lancement quelque 320 personnes ont contribué au dépôt, aidées par des primes aux bogues.

Combien d’IA a tourné. Là, le projet est d’une franchise rare. Le document de parité de PhotoCraft raconte qu’une session a livré « environ 70 éléments de menu et des sous-systèmes majeurs en quelques heures réelles avec 8 agents en parallèle », et que le dépôt a soutenu de 10 à 20 agents à la fois. En se calibrant sur ses propres demandes de fusion (2 à 4 heures-agent chacune), il estime que les 1 000 premières représentent de 2 000 à 4 000 heures-agent d’Opus 5.5, pour PhotoCraft seulement. Étalé sur 10,5 jours, cela équivaut à 8 à 16 agents qui travaillent jour et nuit. Et tout ça a mené le logiciel à environ 45 % « prêt pour le vrai travail » : le même document chiffre la bêta à 1 100 à 1 800 heures-agent de plus, et la parité complète à 2 300 à 4 100.

Combien ça a coûté. Personne ne le sait, parce que Thomas ne l’a pas dit. Aucun nombre de jetons, aucune facture d’API, aucune mention de l’abonnement Claude qui a payé. Ce qu’on peut affirmer, c’est que des milliers d’heures-agent d’un modèle de pointe ne sont pas un budget de loisir, et que l’argent doit bien venir de quelque part. La réponse d’ArtCraft, c’est le commerce de crédits décrit plus bas.

Pourquoi la « salle blanche » est plus vieille que le clone de PC

Thomas présente PhotoCraft comme une « réimplémentation en salle blanche » de Photoshop. L’expression a une vraie histoire. Au début des années 1980, Compaq puis Phoenix Technologies ont rebâti le BIOS du PC d’IBM ainsi : une équipe rédigeait une spécification à partir du comportement observé et de la documentation, une deuxième équipe, qui n’avait jamais vu le code d’IBM, écrivait l’implémentation à partir de cette spécification. La version de Phoenix est devenue le BIOS de la plupart des clones de PC, et toute l’industrie du PC compatible repose sur ce mur entre deux équipes.

La logique juridique est simple. Comme l’a souligné l’ingénieur marketing Joe Karlsson dans l’article de Techstrong.ai, le droit d’auteur américain protège le code source, pas ce que fait le code. Rebâtir le comportement sans copier l’expression, c’est en principe correct.

La version IA, elle, est plus floue. Dans une salle blanche classique, on peut prouver que les développeurs n’ont jamais vu l’original. Avec un grand modèle de langage, personne ne peut facilement prouver ce qu’il a vu. Claude a été entraîné sur une énorme part du Web public, ce qui comprend des tutoriels, des SDK de plugiciels, de la documentation et, forcément, du code qui parle de Photoshop. Ça ne rend pas PhotoCraft contrefaisant. Ça fait de « blanche » la description d’un processus plus difficile à vérifier que deux équipes dans deux pièces. Des chercheurs en sécurité ont déjà décrit au FOSDEM le « clean-room-as-a-service » : une IA qui recrée un programme à partir de son README, de son API et de ses définitions de types. Le même truc qui vous libère d’Adobe pourrait aussi permettre de retirer la GPL d’un projet libre. L’épée coupe des deux côtés.

Il y a aussi la paperasse. Karlsson estime qu’Adobe et Microsoft ont probablement dans leurs licences des clauses qui limitent ce genre de copie, ce qui pourrait exposer Thomas personnellement s’il a étudié les originaux en tant que licencié. C’est une question de contrat, pas de droit d’auteur, et c’est exactement le genre de chose dont personne ne parle jusqu’à ce qu’un avocat envoie une lettre. Adobe n’a pas réagi.

Suivre l’argent

Voici la partie que la plupart des articles ont sautée. ArtCraft n’est pas un organisme de charité. Sa page de prix dit que le logiciel est libre et gratuit, et qu’on peut apporter sa propre puissance de calcul et ses abonnements tiers. Ou alors on achète des crédits : Basic à 8 $ US par mois pour 1 000 crédits, Pro à 28 $ pour 3 750, Max à 48 $ pour 6 600. Ces crédits paient des générations sur des modèles comme Nano Banana, GPT-Image-1.5, Seedance 2.0 et Kling 3.0 Pro.

C’est un modèle habile, et franchement plus honnête qu’il n’en a l’air. L’éditeur est l’appât; la génération par IA est le commerce. Adobe fait quelque chose de semblable avec les crédits Firefly, mais vous fait aussi payer l’éditeur. ArtCraft donne la partie qui ne lui coûte rien par utilisateur et facture celle qui lui coûte du temps de GPU. Si vous détestez les abonnements, vous risquez d’en avoir un quand même, juste plus petit et avec un autre logo.

Le motif est aussi personnel. Thomas raconte sur Reddit qu’Adobe lui a facturé des frais d’annulation plusieurs fois. Il n’est pas seul à garder cette rancune : le 17 juin 2024, le département de la Justice américain, sur renvoi de la FTC, a poursuivi Adobe et deux de ses dirigeants pour des frais de résiliation anticipée cachés sur ses forfaits annuels payés mensuellement. Peu de choses bâtissent une communauté libre plus vite qu’une facture que tout le monde a détestée.

La longue traîne que personne ne code au feeling en un mois

Je ne doute pas que Claude puisse produire en quelques semaines un éditeur d’images en Rust avec calques, masques et moteur de pinceaux. Les modèles sont très bons pour les premiers 80 % d’un logiciel bien documenté. Le problème, ce sont les 20 % restants, qui pour Photoshop représentent 36 ans de cas limites : une gestion des couleurs qui concorde avec les épreuves de l’imprimeur, les séparations CMJN, des scripts sur lesquels des studios comptent depuis les années 2000, des API de plugiciels, des courbes de pression de tablette qui semblent justes à des gens qui dessinent huit heures par jour.

La comparaison à garder en tête, c’est GIMP. Il est en développement depuis 1995, il est gratuit, il est bon, et les professionnels utilisent encore massivement Photoshop. Krita, Inkscape, Darktable et Kdenlive racontent la même histoire : les fonctions sont nécessaires, pas suffisantes. Les studios paient pour la certitude des échanges de fichiers, la formation, le bassin d’embauche et le « le client a envoyé un PSD de 2014 et il doit s’ouvrir exactement comme il faut ». La parité de fonctions, c’est une liste à cocher. La parité de flux de travail, c’est une décennie.

Il y a aussi la question de l’entretien. Du code généré à cette vitesse a besoin de quelqu’un qui le comprend quand il brise. Andrej Karpathy soutient que « la révision et la compréhension humaines commencent à prendre du retard » sur ce que produisent les modèles récents. Sept gros logiciels plus quatre autres, entretenus par une petite équipe qui gère aussi un commerce de crédits d’IA, ça fait beaucoup de surface. La réponse de Thomas, c’est la communauté. Ça marche pour les projets que les gens aiment déjà. Il faut d’abord le mériter.

Le saviez-vous

  • Le dépôt principal d’ArtCraft, avec environ 28 800 étoiles sur GitHub, n’est pas du tout un clone d’Adobe : c’est un outil de composition par IA pour poser des personnages et placer des scènes en 3D avant qu’un modèle en fasse le rendu.
  • Le BIOS en salle blanche de Phoenix Technologies, au début des années 1980, reposait sur deux équipes séparées, dont l’une n’avait jamais lu le code d’IBM. ArtCraft reprend le nom; avec un modèle entraîné sur le Web public, la deuxième pièce est plus difficile à garder vide.
  • Eric Raymond, auteur de The Cathedral and the Bazaar, a réagi à ArtCraft en déclarant que « le code fermé est mort, mort, mort ».
  • Quand des critiques ont qualifié le projet de « bouillie d’IA », Thomas a répondu qu’il savait programmer. Il invoque 15 ans d’expérience et un passage comme ingénieur chez Square.

Mon avis

ArtCraft est réel, il est intéressant, et ce n’est pas encore un remplaçant de Photoshop. Je pense que la chose la plus importante qu’il a livrée, ce n’est pas PhotoCraft mais une démonstration : un développeur d’expérience avec un modèle de pointe peut maintenant produire en quelques semaines une première ébauche crédible d’une suite commerciale. Ça change l’économie des solutions libres bien plus que le trimestre d’Adobe.

Le vrai test est ennuyant et il est dans six mois. PhotoCraft compile-t-il encore en avril? Les tickets ouverts baissent-ils ou montent-ils? Un seul studio bascule-t-il un vrai pipeline? Si oui, la phrase de Thomas, « chaque flux de travail fermé va plier », aura l’air prophétique. Sinon, elle rejoindra la longue liste des prédictions auxquelles Photoshop a survécu, quelque part entre « le Web va tuer les applications de bureau » et « cette année, c’est l’année de Linux sur le bureau ».

Sources